Voici un petit mot d’Ernest et Monique, à propos de l’évènement Indianoak 2013 :

Ernest, Basque d’Hendaye, et moi, Monique, Bordelaise mais Basque de cœur, avons vécu une aventure formidable en tant que retraités et grands-parents ayant émigré au Québec il y a de nombreuses années. Nous vous témoignons ici de ce que nous avons ressenti en vivant au rythme de l’expédition Indianoak au Québec.
En les accueillant à l’aéroport de Montréal, bien malin aurait été celui qui aurait pu différencier de ces 35 personnes, les rameurs et les chanteurs. Nous savions que 50 ans séparaient la plus jeune rameuse, 23 ans, du plus vieux rameur, 73 ans. Mais, qui allait braver les eaux fougueuses de ce fleuve et qui allait emballer le Québec avec accordéon, guitares, percussion et chants, sans oublier la txalaparta ?
C’est ce que nous allions découvrir en les rejoignant, (liberté du retraité) à Trois-Pistoles, La Malbaie, Baie St Paul, Beaupré, Québec, Sorel, Verchères et bien sûr Montréal.
Le départ se faisait donc à Trois-Pistoles, le village face à l’Île aux Basques. La traînière fut mise à l’eau pour rejoindre cette île célèbre qui garde soigneusement les vestiges de fours Basques ; première sortie obligatoire, comme un hommage aux marins du XVIème siècle. Une cérémonie Indienne pleine de dignité et d’émotion, avait attiré la protection des éléments sur l’expédition, tout était prêt pour le grand départ.
17 juin. 5h du matin. Ciel gris, houle menaçante. La traînière, s’éloigne lentement, avec ses 13 rameurs et Paola à la barre. Un frisson… Ont-ils mesuré les difficultés à venir ? Paola est une des plus jeunes mais son expérience est indéniable et force le respect.
Nous ne pouvons pas témoigner de ce qui s’est passé sur le fleuve durant les 500km et les 12 étapes qui ont suivi. Ils nous le raconteront un jour, mais nous, nous revivons encore aujourd’hui, ce que nous avons partagé à chaque escale Quelle fourmilière ! Chanteurs et cuisiniers les suivant sur la berge faisaient les courses, préparaient le repas… ils s’étaient occupés des bagages… et ils attendaient, avec une certaine angoisse par mauvais temps, de savoir comment « les copains » avaient bravé les courants, le vent, la pluie ?
1h de retard ? C’est normal. 2h… 2h et demie… Alors on scrute l’horizon et enfin, minuscule, la traînière pointe son nez, Ikurina flottant au vent. Allez ! Tous sur le quai avec les gens du coin aussi impatients que nous. On crie « India », ils répondent « noak ». Les bras font démarrer la « ola », les applaudissements éclatent lorsque Paola fait lever les rames pour nous saluer ! C’est tellement émouvant ! Et puis ils sont là, de nouveau tout près de nous. Ils racontent… on écoute… Quelle expérience de vie pour Claire, 16 ans qui nous a accompagnés partout, puis pour Gabrielle, 13 ans qui nous rejoints pour les 3 dernières étapes. Nous sommes fiers de partager ces moments avec nos petites-filles. Nous le savons, elles n’oublieront pas.
Mais il est arrivé aussi qu’ils n’accostent pas là où on les attendait. Nous les avons vus revenir la boue jusqu’aux genoux, souffrant d’ampoules et gerçures aux pieds, aux mains mais surtout aux fesses, ne sentant plus leurs épaules ni leur dos. Le percussionniste-chanteur est kiné; il devient le masseur officiel de l’équipe et plusieurs autres l’imiteront. Incroyable spectacle que ces séances de massage sur l’herbe, sur des bancs…! Très efficaces aussi puisqu’ils seront tous réunis pour animer la soirée. Michel et Patrick ont préparé des Pintxos, du gâteau basque, ils goûteront les tourtières et le pudding chômeur.
Soufflés nos québécois! Après avoir été émus par « Hegoak », emballés par « Guk euskaraz », entraînés par « Bagare », voilà qu’ils pouvaient chanter avec eux « La complainte du phoque en Alaska » du groupe québécois Beau Dommage ou les refrains si populaires de Félix Leclerc ou Gilles Vigneault.
Vous ne pouvez imaginer l’ambiance de ces soirées! Les rameurs s’esquivaient assez vite (« debout 4h demain matin » annonçaient Momo et Martxel) mais la fête continuait encore quelques heures pour les autres.
Il y aurait tant de choses à raconter; nous sommes devenus des amis. Quelle récompense d’être ces spectateurs intimes qu’ils accueillaient avec tant de gentillesse.
Le 1er juillet la traînière avait atteint son but au Port de Montréal (surprenant les touristes étrangers avec ce drapeau qu’ils ne connaissaient pas). Les rameurs déposaient les rames. Ce serait maintenant notre tour de les accueillir dans nos foyers et vivre avec eux ces premiers instants de repos.
Mais tout n’est pas fini. Ibaialde a fait don de cette traînière à Euskaldunak Québec. Elle voguera à nouveau sur le St Laurent, nos jeunes s’organisent.
Merci à toute cette belle équipe. Nous ne citerons pas tous les noms de peur d’en oublier mais chacun de leurs visages reste dans notre mémoire.